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Réouverture du Laos en 1988. Je retrouve
le pays que j’ai quitté treize ans plus tôt dans le fracas
de la guerre. Face à moi le Mékong.
Ce fleuve qui m’a vu naître, je l’ai
traversé une nuit de 1975 pour rejoindre les camps de réfugiés
en Thaïlande, puis trouver asile en France. Les émotions
dévalent sur moi comme les pluies tropicales, impérieuses,
salutaires, toutes puissantes. |
À
travers le rideau d’eau, je distingue les silhouettes familières
de mon enfance, ma grand-mère Bà, les flamboyants penchés
sur le fleuve, les vendeurs de rue… Je suis assailli d’odeurs,
de sons, de sensations qui résonnent en moi comme l’appel
incessant de la terre natale : le martèlement cadencé de
la pluie sur la tôle des toits, son souffle salvateur,
l’odeur enivrante des fruits murs, le carillon mélodieux
et nonchalant de la langue laotienne. Rien n’a changé,
mais les années écoulées dans l’isolement ont comme pétrifié
cet écrin de l’enfance. Dans cette confusion des sens et
des émotions, se mêlent le bonheur de retrouver les miens
et la tristesse insondable de l’exilé. Cette douleur fantôme
du membre amputé ne me quittera plus.
Est-ce ce jour-là que le désir de ce projet
a germé en moi ? C’est en tout cas dans cet éternel aller-retour
qu’il a pris forme, dans ce balancier entre l’ici et l’ailleurs.
Remonter le Mékong, fouler le limon rouge pour panser l’âme
meurtrie, donner un visage à des émotions souterraines. Puis,
au fil de l’eau, rencontrer le destin des hommes du fleuve,
être leur porte-voix. Au-delà du témoignage intime, je souhaite
aujourd’hui que ce projet vous parle de nos fleuves autant
qu’il parle du mien.
Lâm Duc Hiên,
photographe
Lâm Duc Hiên
est un sacré photographe.
Les images de son voyage sur le Mékong allient
la magie d’un fleuve qui nourrit soixante-cinq millions de
personnes à la diversité des six pays qui le bordent. Le
tout avec une émotion voyageuse rare, une sensibilité à laquelle
son origine laotienne n’est pas étrangère.
Vouloir comprendre un fleuve, c’est d’abord questionner ses
sources, ses rives, son delta ou les États le long desquels
il court. Dans tous les cas, les enjeux ne sont pas les mêmes.
La Chine rêve d’un Rhin asiatique et en tient avec autorité
les rênes en amont. En aval, dans le delta où se rencontrent
ses eaux fluviales et maritimes, c’est le grenier du Viêt
Nam, sans compter la maîtrise stratégique d’une ouverture
sur la mer. Ensuite, des pays directement dépendants du Mékong,
à l’exemple du Laos, ou, dans une proportion moindre, de
la Birmanie.
Fleuve frontière, nourricier, littéraire, son aménagement
est, en ce début de siècle, crucial. Barrages, centrales
électriques, voies de communication : « L’avenir du Mékong
dépendra de la capacité des États à gérer l’ensemble de ses
ressources. » Reste qu’il continue d’envoûter les voyageurs
que nous sommes.
Jean-Luc Marty,
rédacteur en chef de Géo
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Mékong,
histoires d’hommes est la 21e exposition que le Sénat présente
sur les grilles du Jardin du Luxembourg.
Réalisée par un photographe de très grand talent,
Lâm Duc Hiên, elle offre aux passants des prises de vue des pays
traversés par le Mékong autour du thème de l’eau et de la biodiversité.
Cette exposition nous fait découvrir les peuples riverains de
ce fleuve dans leur vie quotidienne, par une scénographie où
des paysages alternent avec des portraits.
Lâm Duc Hiên, cet « enfant du fleuve », a su, au travers de
sa sensibilité, nous narrer sa propre histoire et explorer celle
des autres. Il nous invite ainsi au voyage mais aussi à réfléchir
aux enjeux liés à l’eau.
C’est ce regard, ce parcours, que le Sénat a souhaité vous offrir
en accueillant cette exposition.
Gérard Larcher
Président du Sénat |